Interview d’alumni #23 : Michel Tschann, Président SHIN HOTELS Nice
Quel est votre parcours universitaire ?
J'ai fait ma licence en droit à la Faculté de droit de Nice, de 1967 à 1971 — à l'époque, la licence se faisait en quatre ans, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Après mon service militaire, j'ai poursuivi avec un doctorat de spécialité, un diplôme qui n'existe plus mais qui se rapproche du master en droit public aujourd’hui.
J'ai également eu l'occasion d'enseigner, que ce soit à l'université ou à l'Institut du tourisme. J’ai vraiment vécu cette université de près, et j'en garde de très bons souvenirs.
Comment s’est fait le choix de l’université ?
Le droit, c'est toujours utile, quel que soit son avenir professionnel — et le droit public, même s'il ne mène pas directement aux professions du droit privé, reste une bonne initiation et une bonne discipline. Étant né à Nice, la faculté était aussi proche de chez moi, ce qui facilitait les choses.
J'ai eu la chance, en première année, d'avoir de très bons professeurs — Trotabas, mais aussi Derrida — qui nous ont appris à prendre des cours, à les mémoriser, et surtout à apprendre à apprendre.
Le professeur Derrida insistait pour que l'on utilise un stylo à plume plutôt qu'un stylo bille, car c'est bien plus reposant pour la main. Et il avait raison.
Comment vos études vous ont-elles conduit au métier que vous avez exercé ?
Je suis issu d'une famille d'hôteliers — une tradition qui se transmet de génération en génération. Mon fils est en train de prendre la relève : ce sera la quatrième génération.
Mon choix de carrière était pratiquement arrêté avant même d'entrer à l'université. Mais celle-ci m'a apporté un bagage supplémentaire, une rigueur qui s'avère précieuse lorsque l'on est dans les affaires.
J’ai pris la succession de toute l’exploitation de l’hôtel en 1991. Mon fils a repris l’exploitation en 2013.
Je pense que c'est avant tout la discipline acquise durant mes études qui a compté.
Le droit public touche à la politique au sens noble du terme et permet de comprendre ce qui se passe dans le monde — c'est une ouverture d'esprit précieuse.
Pouvez-vous nous parler de votre quotidien professionnel ?
Le quotidien est multiple. Comme dans toute entreprise, il faut gérer le personnel, les salaires, les formalités administratives et juridiques — en France, nous avons une certaine propension aux formalités, et avoir des notions de droit est un réel atout.
Mais l'essentiel, dans un hôtel, reste le client : l'accueillir, lui parler, s'intéresser à lui.
Comme tous les hôteliers de la Côte d'Azur, nous nous déplaçons beaucoup pour aller chercher une clientèle aux quatre coins du monde — principalement aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, mais aussi sur des marchés moins connus, comme le Kazakhstan.
C'est une activité qui ouvre sur le monde et permet de tisser des liens avec ses confrères, mêmes concurrents.
Avez-vous un conseil pour les jeunes diplômés ?
Maîtriser l'anglais, d'abord. Quel que soit le métier, il sera exigé — et plus encore dans le tourisme.
Pour ceux qui sont passionnés par le secteur du tourisme, être flexible. Nos métiers fonctionnent sept jours sur sept, et il faut savoir s'adapter.
Nul ne peut dire avec certitude quels seront les métiers dans dix ans : les choses évoluent très vite. Kodak, Nokia étaient des géants il y a vingt ans — ils ont décliné. Nos métiers restent profondément humains, mais il faut aussi maîtriser les outils technologiques : les systèmes de réservation, la gestion, l'intelligence artificielle. La facturation électronique arrive, et cela demandera une adaptation.
Enfin, s'ouvrir sur le monde. Nous sommes tous différents, les tensions existent, mais voyager et découvrir d'autres pays est toujours enrichissant. Et cela permet souvent de rentrer chez soi avec un regard neuf — en réalisant qu'on n'est peut-être pas aussi mal lotis qu'on le pensait.
Quelle est votre plus grande leçon professionnelle ?
Observer ce qui se fait ailleurs et savoir s'en inspirer. En visitant des hôtels à travers le monde, on repère des idées que l'on peut adapter — des appliques vues à New York, qui éclairaient les tableaux et créaient une atmosphère intimiste, je les ai reprises chez nous. Le regard curieux est un outil en soi.
Il faut aussi savoir écouter les clients, notamment à travers les réseaux sociaux. Tout n'est pas pertinent, mais certaines remarques méritent attention.
Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?
Mon chat qui miaule !
Plus sérieusement, comprendre le monde tel qu’il est aujourd’hui, complexe et difficile.
Essayer, à mon niveau, de comprendre ce qui se passe.
Ave-vous une devise ?
C’est une phrase que m’a dite une amie écossaise, « Press on », une expression qui signifie avancer, ne pas s’arrêter, perséverer même en faisant des erreurs.
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